Martine LECOUVREUX

 

LE PLUS LOINTAIN VOYAGE


Pour qui est-il ce monde sans naissance du peintre en un lieu d'aube et de lumières égarées que hantent des petits personnages captifs du temps? Que cherche un peintre qui sait faire silence sur le lieu le plus lointain de son voyage?
La tache orange du maître personnage du tableau, les objets peints, sans contours achevés, à la façon devineresse du lieu, les paysages désertés, tout l'abandon de l'homme persécuté au fil du temps' la parole qui se retient, la musique délaissée, le silence d'un instant secret d'une femme, en suspens de l'égarement de savoir, telle est celle qui n'est jamais là parce qu'elle peint au plus loin de nous, si prés du ciel que nous ne pouvons l'approcher, telle est Martine Lecouvreux peintre nomade de la fraîcheur d'images en terre de vertiges des Cévennes.
Il est des chuchotements dans l'ombre sur ces plaines blanches en attente d'un crépuscule lointain, des silhouettes sans ombre, une tache humaine de rouge sur les draps de l'hiver, un lieu de grands rochers où la neige se rue, une lumière violente sur un chemin qui ne tourne pas : l'horizon au- delà du visible, enfin atteint sur l'infini de la toile sans cadre. Par quel effet d'inspiration Martine Lecouvreux détourne l'objet peint pour se l'approprier, sans avoir à prouver la réalité des choses?

Quel feu habite l'orange d'un vêtement de bergère prés de la sentinelle sombre d'un seul arbre ? Autant d'énigmes que nous ne pénétrerons pas.
Son refus d'accompagner ses toiles du parement de la langue du poème, ou du vil parlement critique des pédants de collège, relève du don de révélation de la Sibylle : ne pas s'écouter pour laisser à sa peinture la possibilité de transporter notre être aux limites de la réalité, au risque de nous perdre en cette fabuleuse traversée des choses.


Robert-Louis Liris

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